Le petit coussin gKnee

Le petit coussin gKnee

par Constant Dubois

  « Qui suis-je? se demandait un petit coussin bleu usé, languissant au fond du salon.  Je ne sers à rien et je suis toujours dans les jambes!  Si je ne fais rien, je finirai au mieux dans le garage sur un fauteuil crasseux. »  Il décida donc d’aller demander conseil à son proche parent l’oreiller, ce capteur de rêves les plus fous, celui sur lequel on dort sur ses deux oreilles (si on le replie évidemment).  Alors qu’il allait signaler sa présence au pied du lit, une pensée sclérosée le retint : « Ce tombeur va sûrement refuser de m’aider; il tient tellement à son grand rôle de Don Juan de la nuit. »  Le petit coussin repartit en maugréant sans savoir que l’oreiller aurait accueilli avec plaisir sa demande de lui tendre une oreille attentive.

Bien embêté et ne sachant à qui s’adresser, il se rendit devant le tapis noir dont la triste existence consistait à se faire frotter des bottes sur la tête.  Il s’arrêta de même devant le tapis en peau de vache, effrayé par la fin plutôt bête et peu glorieuse réservée à ce pauvre ruminant.  Il finit par se diriger vers le tapis rouge, personnage prestigieux réservé aux grandes occasions, espérant obtenir de lui la glorieuse recette du succès :       

« Dis l’ami tapis, je peux bien t’appeler l’ami n’est-ce pas?

- Bien sûr, toi et moi sommes de la même étoffe.

- Alors dis-moi l’ami, qu’est-ce que tu fais pour être tant aimé, populaire au point d’être maître du plancher des événements mondains?

- Pourquoi veux-tu savoir, tu voudrais prendre ma place?

- Non non, ne crains rien, un ami se veut bienveillant, je ne veux pas voler ta place, je veux juste que tu m’expliques les comment et les pourquoi de ta popularité.  Moi je doute, je ne sais plus où j’en suis.  Accepterais-tu de devenir mon mentor, de tout m’enseigner pour que je devienne comme toi.  Je ne veux plus me sentir comme un caillou dans le soulier.

- Sais-tu seulement si ce caillou dans le soulier n’est pas un diamant?  Et tu veux être comme moi!  Non mais, t’es-tu vu la face petit farceur, tu as la face ronde d’un coussin et moi la face plate d’un tapis!  Et tu voudrais être comme moi.  Mon cher Oudini, si tu parviens à m’expliquer comment tu ferais pour te libérer de ce que tu es, je te promets que j’accepterai de changer de place avec toi… sur le champ, toi un tapis et moi un petit coussin.

- Je ne comprends pas, je ne veux pas de sorcellerie, je veux seulement que tu me donnes ta recette.

- C’est toi qui ne comprends rien, il n’y a pas de recette mais bien de la magie.  Et cette magie va se développer quand tu comprendras qu’elle est en toi et que c’est toi le magicien qui doit la libérer.  Tu crois que parce que je suis bien en vue ma vie est plus belle que la tienne?  Eh bien non, la plupart du temps je me tapis, c’est drôle non, un tapis qui se tapit!  Je me fais rouler… et hop! dans l’entrepôt.  Bien sûr je connais mes moments de gloire, on me frotte et on me brosse.  Je me permets même des regards indiscrets inoubliables.  Disons que j’ai mes points de vue sur tout, si tu comprends ce que je veux dire.  Si tu veux qu’on te déroule le tapis rouge, tu devras le créer toi-même, maille par maille, fil par fil.  Ton tapis, tu pourras le dérouler où et quand tu voudras et avec qui tu voudras, car tu l’aimeras et en prendras grand soin.  Il sera ta fierté.  Quand tu l’auras dans la tête et dans le cœur, tu t’envoleras sur ton tapis volant, pas avant.  Maintenant, il n’en tient qu’à toi de le tisser. Ah oui! j’allais oublier.  J’ai observé, lors des cérémonies, que même les plus grands personnages que j’invitais à poser le pied sur ma personne, avaient le pas lourd de fatigue.  Je me demande comment ils arrivent à bien dormir.  Si tu crois être « toujours dans les jambes », peut-être est-ce l’endroit où tu dois être précisément, ta vraie place quoi!  Salut et bon retour! »

C’est ainsi que le petit coussin bleu décida de se réinventer en se gonflant de fierté pour devenir le petit coussin GKnee.

Constant